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Beau couvain d'une ruche au printemps

L'Abeille 

Les abeilles sont les premiers insectes pollinisateurs de la planète. Leur rôle est essentiel dans l'équilibre naturel et la survie d'une grande partie de la flore. L'ensemble des apiculteurs de l'île se sont réunis en association afin de protéger au mieux l'abeille locale, parfaitement adaptée à ce milieu insulaire si particulier.

Découvrez ici ce qui distingue cette abeille noire de Belle-Ile et les raisons pour lesquelles nous devons tous participer à sa sauvegarde.



   
Abeille noire butinant
une fleur de bourrache
Présentation

L’abeille typique de Belle-Ile en Mer est une petite abeille noire de la sous espèce Apis mellifera mellifera que l’on retrouve sous diverses variations de génotype à travers l’Europe occidentale.

L’interpénétration géographique des espèces et la mondialisation de l’apiculture (en particulier l’hybridation qui fut très prisée à partir des années 70 dans l’objectif d’augmenter la productivité des colonies) ont peu à peu entraîné un affaiblissement des génotypes locaux naturels.

Depuis quelques années, et dans une démarche qualitative, de nombreux apiculteurs cherchent à retrouver des abeilles plus rustiques dans le souci de recréer une symbiose maximale entre les colonies et leur milieu. La situation particulière des îles en fait des lieux privilégiés pour la conservation de ces génotypes menacés.

Grâce à la distance séparant les côtes belliloises du continent, les fécondations des reines ne peuvent être «contaminées» par des mâles issus de l’hybridation. Bien que des colonies hybrides fussent importées sur l’île dans le passé, les abeilles locales ont fini par reprendre génétiquement le dessus. Aujourd’hui, l’arrêté préfectoral interdisant la venue d’abeilles depuis le continent et la surveillance exercée en ce sens par les apiculteurs de l’île, sont une assurance de préserver ces abeilles et d’envisager à l’avenir la mise à disposition de cette ressource génétique pour les apiculteurs du continent qui souhaiteraient réintroduire l’abeille noire bretonne dans leurs exploitations.


 
Activité des butineuses au trou de vol
  
Particularités : des signes de qualité

Cette abeille belliloise s’est développée en symbiose avec son environnement naturel et à su s’adapter aux contraintes qui lui sont inhérentes. Cette adaptation est un élément important dans la recherche d’une meilleure qualité du miel en ce qu’elle nous permet de limiter au maximum nos interventions, et donc nos intrusions dans la vie de la ruche. 

  1. Développement adapté aux rythmes de l’île : notre abeille noire démarre plus tardivement que les abeilles issues de l’hybridation. Ces dernières sont avant tout recherchées pour leur capacité à être prêtes pour des récoltes printanières précoces, comme le colza très présent sur le continent. On les désigne communément comme des «ruches à viande» dont la caractéristique première est de produire des abeilles en grande quantité. Seulement cette sur-fécondité rend ces colonies extrêmement fragiles en cas de disette (ce qui est très souvent le cas après la miellée de colza), obligeant régulièrement les apiculteurs qui les utilisent à compléter leur alimentation par du sirop sous peine de voir les meilleures colonies littéralement mourir de faim. Sur Belle-Ile ce problème est quasi absent, en démarrant plus tard, les colonies atteignent leur taille idéale au milieu du mois de Mai, quand arrivent les aubépines et sont fin prêtes pour la miellée de trèfle/ronce début mi-juin.
  2. Dans de rares cas, en particulier avec de jeunes essaims de l’année, lorsque la miellée se fait attendre  ou par forte sécheresse, nous devons apporter un soutien en sucre. Il est important de noter que ces situations, sur le continent mais aussi de plus en plus sur l’île sont aussi fortement dépendantes de la raréfaction progressive des ressources en nectar, menacées par l’extension continue des zones cultivées, stériles pour la faune sauvage, et qui remplacent progressivement les prairies naturelles par des cultures de maïs au profit de la production animale et laitière.

  3. Réserves hivernales importantes : là encore, une des forces de l’abeille noire typique de Belle-île est sa capacité, facilitée il est vrai par la miellée tardive de bruyère, d’amasser dans le corps de la ruche une grande quantité de miel qui non seulement sera l’assurance de ne pas mourir de faim en hiver, mais encore constitue un excellent isolant contre le froid. Des colonies qui continuent trop tardivement à produire des abeilles n’ont pas suffisamment de place pour stocker des réserves et se mettent en danger, elles ont un comportement «cigale» là où l’abeille belliloise, plutôt «fourmi», réduit la taille de sa ponte et bloque l’espace libéré avec du miel. Une fois de plus c’est moins d’interventions pour l’apiculteur qui ne parera qu’aux quelques situations inquiétantes pendant l'hiver.

  4. Une douceur étonnante : l’abeille noire de l’île se distingue aussi particulièrement par sa douceur : l’agressivité des abeilles est liée à des facteurs génétiques, c’est d’ailleurs un élément de sélection souvent recherché par les apiculteurs lors de l’élevage des reines. Seulement ce gène est dit récessif, ce qui veut dire qu’en présence d’un gène qui induit une agressivité plus grande, le premier s’efface. Les hybridations successives entre races différentes d’abeilles multiplient les occasions de mise en défaut de ce gène de douceur.
L’exclusivité génétique de l’abeille belliloise permet d’en conserver la douceur en empêchant les croisements avec des gènes extérieurs. Cette caractéristique typique n’a de cesse de surprendre agréablement nos collègues apiculteurs venus du continent.


   
Reine entourée de ses ouvrières
Vers une protection de l'abeille noire

En 2007, conscients de l’importance de préserver cette ressource génétique unique, l’ensemble des propriétaires de ruches de Belle-Ile en Mer se sont réunis en association afin de protéger l’île d’une éventuelle «pollution génétique».

Une des grandes avancées obtenues par cette association de protection et de préservation de l’abeille noire de Belle-Ile en Mer, fut la promulgation par la préfecture du Morbihan d’un arrêté en date du 22 Janvier 2008, interdisant «l’introduction sur le territoire de Belle-Ile en Mer de reines d’abeilles, de colonies d’abeilles, de faux bourdons ou de matériel apicole usagé (ruches, hausses, cadres). » [article 2]

Des réintroductions de reines peuvent être envisagées dans un cadre strictement contrôlé attestant qu’elles proviennent d’un conservatoire du même type et sont indemnes de maladies réputées contagieuses [article 3]. De telles réintroductions peuvent devenir nécessaires afin d'éviter une trop grande consanguinité qui entraînerait immanquablement une augmentation des caractères indésirables chez les abeilles de l'île (agressivité accrue, problèmes de fécondation, difficulté à résister aux agressions parasitaires et sanitaires).

Tout contrevenant sera dans l’obligation de rapatrier son cheptel sur le continent sous peine de le voir détruit sur place [article 4].

Une coopération avec Ouessant (très à la pointe de cette démarche) et Groix sous la forme d’une fédération des îles du Ponant est engagée. Un large projet de station d’élevage de reines issues du génotype bellilois à destination des apiculteurs du continent, fut un temps envisagé en partenariat avec la chambre d’agriculture et le département, mais ce projet est actuellement en jachère.

Pour plus de renseignements : Armand Gallène, président de l’association et agent sanitaire apicole. Tél. 02 97 31 61 01


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